L’ordre des Chanoines Réguliers de Saint Augustin

L’ORDRE DES CHANOINES REGULIERS DE SAINT AUGUSTIN

Des précisions nécessaires:

« Chanoine » vient du latin « canonicus » qui désigne un clerc vivant selon une règle ou un »canon ». Le terme « canonicus » est issu du grec kanonikos kanôn, « canon ». Le mot grec désigne une tige de roseau. Or, dans l’antiquité, les tiges de roseau servaient d’instrument de mesure. On est donc passé au sens de ce qui est « mesuré », organisé par une règle. Ainsi le chanoine est un prêtre soumis à une « règle », vivant au sein d’une communauté ou chapitre et desservant une cathédrale ou une collégiale.

Actuellement on établit une distinction entre «  chanoines réguliers » et « chanoines  séculiers »

Les chanoines réguliers  constituent une famille religieuse apparue au XIème siècle et généralement soumise à la règle de Saint Augustin.Ils sont liés par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.Ils se distinguent des moines par le fait qu’ils assument la charge pastorale d’âmes au sein d’une église paroissiale, alors que les moines vivent retirés du monde.Les chanoines réguliers sont donc des religieux menant une vie de prière, vivant en communauté sous une règle- généralement celle de Saint Augustin- et exerçant un ministère pastoral.

Les chanoines séculiers sont des prêtres diocésains nommés par l’évêque et comprenant deux catégories : les chanoines titulaires, membres du chapitre cathédral, autrefois « conseil de l’évêque », et les chanoines honoraires, titre honorifique décerné à des prêtres particulièrement méritants.Les chanoines séculiers sont donc des prêtres rassemblés en un chapitre de chanoines, cathédral ou collégial, auxquels il incombe d’accomplir des fonctions liturgiques plus solennelles, dans l’église cathédrale ou collégiale.

Les chanoinesses régulières  sont la branche féminine de l’Ordre des chanoines réguliers de Saint Augustin. Leur situation au  Moyen Age était, en quelque sorte, comparable à celle des moniales cloîtrées. Ce n’est qu’à partir du concile de Trente que les chanoinesses régulières de Saint Augustin ont pu mener une vie plus canoniale, en intégrant à la dimension contemplative une orientation apostolique, singulièrement dans les domaines hospitalier et éducatif.

Les chanoinesses séculières par contre ne prononçaient aucun vœu et ne renonçaient pas à leurs biens personnels. Leurs communauté ont périclité  très rapidement et ont complètement disparu aujourd’hui.

L’importance des chanoines dans l’Eglise universelle

      A l’aube du XVIème siècle, on ne compte pas moins de 450 fondations de chanoines réguliers de Saint Augustin réparties entre une centaine de congrégations à travers l’Europe entière.
      A l’heure actuelle 27 saints, 36 papes, 300  cardinaux ou évêques sont issus des rangs des chanoines réguliers de Saint Augustin.
      Même le seul pape d’origine anglaise, Adrien IV (né Nicolas Breakspeare), pape de 1154 à 1159, était issu des rangs des chanoines réguliers de Saint Augustin.
      Sait-on que le grand Erasme de Rotterdam, éminent représentant de l’humanisme, fut chanoine régulier de Saint Augustin ? Que c’est un chanoine régulier de Saint Augustin de Klosterneuburg (Autriche), Piu Parsch (1884-1954) qui fut un des principaux promoteurs de la réforme de la liturgie (utilisation  pendant la messe de la langue vernaculaire, c’est-à-dire propre à chaque pays, autel tourné face aux fidèles) ?

Ces quelques évocations qui démontrent l’importance des chanoines réguliers de Saint Augustin nous incitent fort à aller plus avant dans la connaissance de leur histoire, de leur charisme et de leur mission actuelle.

GENESE ET DEVELOPPEMENT DE L’ORDRE CANONIAL.

         A la différence d’autres Ordres (par exemple l’Ordre bénédictin), les chanoines réguliers n’ont pas de véritable fondateur, même si saint Augustin peut être considéré, à juste titre, comme le grand inspirateur de l’Ordre canonial.

         Pendant très longtemps les chanoines réguliers  de Saint Augustin n’ont pas été constitués en un Ordre, mais ils se sont conformés à des directives relativement souples et non uniformes, variables d’une région à l’autre avec de fortes spécificités locales.

         Il est difficile de réduire la vocation des chanoines réguliers, qui vivent dans l’Eglise, à la seule soumission à deux grandes traditions ecclésiales : d’une part la prière et la vie conventuelle des grands Ordres contemplatifs, et d’autre part une activité pastorale au sein de l’église diocésaine.

         Ce lien entre la vie de contemplation et le service de l’église a été fort bien résumé par Alain de Solminihac, Abbé de Chancelade, puis évêque de Cahors, qui voyait dans la vocation canoniale deux dimensions ou exigences,  « l’une qui regarde Dieu et l’autre qui regarde le prochain. »

         Les premières communautés canoniales sont apparues au IVème siècle : il s’agissait initialement de clercs vivant en communauté autour de leur évêque, sans règle spécifique ; ces clercs prenaient, comme modèle, Jésus et ses disciples et, comme exemple, les premières communautés chrétiennes de Jérusalem.

         Parmi les premières communautés canoniales, saint Ambroise cite celle d’Eusèbe de Verceil(371), le premier en occident à introduire la vie commune parmi les clercs de son église. Saint Zénon, évêque de Vérone, adopta une démarche similaire dans son diocèse.

         Mais c’est surtout sous l’influence de saint Augustin que l’institution canoniale s’organisa de façon plus précise.

        Après une première expérience de vie monastique à Thagaste, saint Augustin, nommé évêque d’Hippone en 395, convertit son palais épiscopal en un monastère et imposa aux clercs de son église cathédrale la vie en commun dans la pauvreté.

        Deux discours de saint Augustin illustrent particulièrement bien ses conceptions sur ce thème.
-Dans le premier, il rappelle que les clercs ne doivent rien posséder en propre, que l’évêque ne peut admettre, parmi les clercs, les candidats qui refuseraient de se soumettre à la loi du renoncement total et il affirme : « quiconque manque de fidélité à cette loi, sera déchu de son état. »
-Dans un deuxième discours il va jusqu’à comparer le clerc, infidèle à ces règles, à la vierge qui abandonne son monastère.

         Les conceptions de saint Augustin fondent largement le modèle idéal de la vie canoniale, dont les caractéristiques fondamentales sont la vie commune avec renoncement à la propriété individuelle, le respect de la chasteté, de l’obéissance, la soumission à la vie liturgique, l’exercice du ministère pastoral.
        Dans cette conception idéale de la vie canoniale, la charité fraternelle et la mesure en toute chose se présentent comme deux dominantes typiquement augustiniennes.
         Le modèle d’Hippone va, dès lors, connaître une certaine expansion. En effet saint Augustin a formé de nombreux évêques destinés à l’Afrique du Nord, des évêques qui furent les apôtres de ce mode de vie, tel qu’il avait été expérimenté à Hippone.
         Malheureusement les invasions des Vandales détruisirent ces premières communautés canoniales.
         Mais de nombreux élèves et disciples de saint Augustin réussirent à s’enfuir et trouvèrent refuge dans le sud dela Gaulle, en Grande Bretagne et en Irlande, où ils se firent les promoteurs de la spiritualité canoniale selon saint Augustin.

          Le plus connu d’entre eux fut Julien Pomère qui fonda une communauté de clercs en Arles et qui rédigea, vers la fin du Vème  siècle un descriptif de ce mode de vie, sous le titre « de vita contemplativa ».

          En outre, saint Grégoire le grand et saint Césaire d’Arles ont été également des propagateurs de la vie commune auprès de leurs clercs.

         Les premières règles qui s’imposèrent systématiquement aux chanoines, apparaîtront sous l’époque carolingienne. Elles viseront toutes à remédier aux situations de décadence qui caractérisent la majorité des chapitres dès la fin du VIème siècle.

         Saint Chrodegang (742-766) évêque de Metz rédige le premier une règle à l’attention de son chapitre épiscopal en s’inspirant largement de certains passages de la règle dite de saint Augustin. Cette règle qui imposait la vie commune et une relative pauvreté, connut peu à peu une large diffusion en occident.

         Mais c’est le synode d’Aix –la –Chapelle, convoqué en 816 par Louis le Pieux (778-840) qui amorça un mouvement irréversible vers une codification précise de la vie canoniale, développant en détail la vie claustrale des chanoines.

Le monarque, aidé par saint Benoit d’Aniane, parvint à imposer une certaine unité des règles au sein de l’Eglise, en soumettant :

                     Tous les moines à la règle de saint Benoit.

                     Tous les chanoines à un texte intitulé « de Intitutione Caninicorum », largement inspiré de la règle de Chrodegang.

         Cette règle comblait une lacune dans l’organisation de la vie des chanoines, et différenciait clairement les deux états, l’état monastique et l’état canonial. C’est l’attachement au service des églises ou à celui des fidèles qui permettait désormais de distinguer le chanoine du moine.

        Cependant la règle d’Aix-la-Chapelle comportait de graves lacunes qui favorisèrent par la suite la décadence de nombreux chapitres.
        En effet, alors que la première partie de la règle préconisait le renoncement total, la seconde partie conservait aux chanoines la propriété de leurs biens personnels. C’était l’enrichissement des chanoines qui devait se révéler la cause majeure du déclin spirituel des communautés canoniales.
         C’est pourtant cette clause contradictoire et viciée qui devait conduire plus tard à l’apparition des chanoines réguliers.

La règle de Saint Augustin ne s’imposa que très progressivement aux chanoines réguliers et avec bien des hésitations.

         Vers la fin du XIe  et au début du XIIe les chanoines réguliers se verront imposer « la règle de Saint Augustin » par les papes.
         En 1089, le pape Urbain II fait déjà expressément allusion aux « Canonici secundum regulam Sancti Augustini viventes ».
         En 1135 le pape Innocent II plaça les chanoines de la cathédrale de Grenoble sous la règle de Saint Augustin.
         Malheureusement, cette « règle » de Saint Augustin ne réglait pas encore tous les problèmes dans la mesure où elle imposait aux chanoines réguliers des choix non pas sur le but mais sur les moyens d’y parvenir.
         L’objectif assigné par Saint Augustin à ses clercs et repris par  les chanoines réguliers : « Vous vous êtes réunis pour habiter d’un seul cœur dans une même maison, pour n’avoir en Dieu qu’un cœur et qu’une âme, et ne rien posséder que vous puissiez dire votre. »
         Mais pour y parvenir, le choix entre plusieurs textes de Saint Augustin était possible, puisque la règle  dite « de saint Augustin », recouvre pour le moins deux réalités différentes :
                 Une version courte appelée « Ordo Monasterii » (= Ordo Novus) très sévère et qui est essentiellement suivie par les chanoines privilégiant la vie contemplative, par exemple Prémontrés et Arrouaise.
                  Une version longue, plus connue sous l’appellation de « Praeceptum » ou » Regula ad servos Dei » (= Ordo Antiquus) qui est suivie par les chanoines réguliers appelés à des activités plus pastorales.
          A quelques nuances près, la distinction entre l’Ordo Novus et l’Ordo Antiquus pourrait se comparer à celle existant entre les cisterciens et les bénédictins.
          En outre la vocation canoniale est double : elle concilie vie contemplative et vie active.
           Par leur histoire et par leurs références spirituelles, les chanoines réguliers partagent leur vie entre des moments de prière individuelle et communautaires et des activités pastorales, à savoir : dessertes paroissiales, missions sociales et caritatives, fonctions éducatives, missions dans les pays lointains.
           La spécificité des congrégations canoniales, qui vont voir le jour résulte de l’accent mis sur tel aspect pastoral plutôt que sur tel autre.
           Il reste que par le caractère propre de leur vocation, les chanoines réguliers de saint Augustin sont, comme ils aiment à s’intituler des « serviteurs de la louange et ministres de Jésus pour tous ses frères. »

Diffusion de l’Ordre canonial

L’âge d’or aux XI° et XII° siècles

         L’impact de la réforme canoniale va être considérable.
         Dans le sud de l’Europe, il s’agira surtout des réformes d’institutions canoniales existantes et dans le nord du continent, on assistera surtout à de nouvelles fondations canoniales.

Les réformes proprement dites :

         De nombreux chapitres de cathédrales ou de collégiales reprennent le mode de vie d’origine et reviennent à la « vie commune parfaite » surtout dans le sud dela Franceet à l’est de l’Europe.
          Parmi les chapitres de cathédrale, citons ceux de saint-Jean-de-Latran, de Pérouse, de Gubbio, de Fano, de Citta di Castello en Italie, ceux de Salzbourg et Gurk en Autriche,  ceux de Pamiers, Comminges, Toulouse, Avignon, Nîmes, Arles et Cahors, en France, ceux de Saragosse, Tolède, Roda et Lérida en Espagne.
          Quant aux chapitres de collégiales ceux de Mont Saint Eloi et Saint Ambert à Cambraix, Saint Maurice d’Agaune et Sainte Geneviève sont les plus connus.
           La personnalité de Konrad Ier (1106-1147), archevêque de Salzbourg, primat de Germanie, mérite d’être mentionnée. Il favorisa la rénovation et la fondation de nombreuses maisons canoniales dans son diocèse, maisons qui dépendaient toutes du chapitre de la cathédrale de Salzbourg. Celui-ci avait adopté l’état de chanoines réguliers de saint Augustin à l’instigation de Konrad Ier, ce qui lui permit de disposer d’un clergé de grande qualité pour la desserte des paroisses.

Les fondations nouvelles

         Elles sont les plus nombreuses. Au XIIème siècle, elles s’élèvent à 2000 environ en Europe et au Proche Orient.
         La plus anciennes des congrégations canoniales est celle de Saint-Ruf près d’Avignon. Ses constitutions influencèrent non seulement plus de huit cent chapitres en Europe, mais aussi les rédacteurs de la règle des Chartreux.

         Près de Soissons, Hugues de Château-Thierry fonde, en 1076, l’abbaye Saint-Jean des Vignes.
         Saint Yves, futur évêque de Chartres, établit une collégiale dédiée à saint Quentin.
         Saint Bernard de Menton fonde en 1050, le couvent des chanoines réguliers du Grand Saint-Bernard.

         En France la congrégation de Saint-Victor (1113) est la plus prestigieuse. Son fondateur, Guillaume de Champeaux, chanoine de Notre-Dame et écolâtre de la cathédrale (ecclésiastique dirigeant l’école rattachée à l’église cathédrale), fait de cette abbaye un grand centre universitaire. Parmi ces illustres professeurs, figure Hugues de Saint-Victor (1110-1148), premiers des grands théologiens de la congrégation et dont l’ouvrage « les sacrements de la foi chrétienne » constitue la plus importante synthèse théologique avantla Sommethéologique de Pierre Lombart et celle de saint Thomas d’Aquin, qui fut rédigée entre 1266 et 1273.

         Dans les pays germaniques, les fondations canoniales bénéficient des mesures énergiques prises par l’archevêque de Salzbourg (1106-1147), et les évêques de Passau (1065-1091) et de Würzburg. Les constitutions des abbayes de Marbach et de Rottenbuch connaissent un rayonnement européen.
         En Italie, les communautés de chanoines du Saint-Sauveur, de Saint-Fridgien de Lucques, de Sainte-Marie, de Saint-Mars de Venise voient le jour.
         En Espagne, comme dans le reste de l’Europe les maisons canoniales sont plus nombreuses que les fondations cisterciennes.
         Au Portugal leur influence est telle que les chanoines de Santa-Cruz de Coimbre jouent un rôle important sur le plan  politique en aidant les deux premiers rois à asseoir la nation portugaise sur des bases solides.
         Parmi les fondations canoniales, il faut citer des congrégations dont le mode de était proche, du moins à leurs débuts, de celle des ermites :
         En France, Arrouaise est fondée en 1090 dans le diocèse d’Arras, Chancelade vers 1120, le Val des écoliers fondée en 1201, dans le diocèse de Langres, Springiersbach (1107) près de Trèves en Allemagne et surtout Prémontré, près de Laon. Ce dernier fut le seul « Ordre » de chanoines réguliers de Saint Augustin avec une organisation centralisée et un fondateur, saint Norbert de Xanten (1080/82-1134).
         A citer aussi les fondations d’Ordre hospitaliers, comme l’hospice du Mont-Joux (Grand-Saint-Bernard), fondé en 1049, l’hopital de Ronceveaux dans les Pyrénées sur la route de Compostelle (1131), l’Ordre de Saint-Jacques de l’Epée (Galice), l’ordre du Saint Sépulcre en Palestine.
         En Angleterre, saint Gilbert, chanoine de Lincoln, fonde la congrégation des Gilbertins qui comprend non seulement des chanoines réguliers de Saint Augustin, mais aussi une branche féminine se conformant à la règle bénédictine, ainsi que des frères convers soumis à des usages cisterciens. 

Grandeur et décadence à travers les siècles 

         Dès le XIIIème siècle, l élan de la réforme grégorienne perd de sa vigueur. De nouveaux signes de décadence apparaissent dans certaines communautés canoniales ; l’absence d’un gouvernement centralisé chez les chanoines réguliers de Saint Augustin se fait cruellement sentir.
          Les efforts du pape Innocent III, au cours du concile de Latran de 1215, pour imposer des chapitres généraux aux chanoines réguliers, restent vains.
          L’attrait des Ordres mendiants éclipse le rayonnement des chanoines réguliers de Saint Augustin. Ainsi le portugais Fernando Martinus, chanoine de Santa Cruz, rejoint les Frères mineurs sous le nom d’Antoine de Padoue. Malgré tout quelques congrégations voient le jour : Sainte-Croix (1210), Obersteigen (1220), Antonins (1277), les Croisiers de l’Etoile Rouge (Prague, 1233).
           Le XIVème siècle est marqué par de grandes tentatives de réformes. Celle d’Indersdorff reste lettre morte et la bulle du pape Benoit XII (1334-1342), publiée le 15 mai 1339, n’est pas suivie d’effets. Elle prévoyait la création de provinces et de chapitres généraux pour les chanoines réguliers de Saint Augustin.
          Seules les constitutions de Raudnitz (1333) diffusées avec l’aide de Jean de Daschiz, archevêque de Prague, entraînèrent une série de fondations nouvelles en Autriche et en Hongrie. Mais c’est surtout la congrégation de Windesheim, fondée en 1386, par le mystique néerlandais Gérard Groote qui eut un grand rayonnement en dépassant largement les frontières des Pays-Bas, pour exercer une influence bénéfique dans tous les pays germaniques. Cette famille religieuse, dont le père fondateur fut aussi le promoteur de la dévotion moderne, comprenait plus de 80 maisons.
        Par ailleurs, le monastère de Saint-George in Alga, près de Venise, fut restauré par Angelo Gouario, futur pape sous le nom de Grégoire XII.
        Le XVème siècle voit surgir la première congrégation réformée, celle de Saint-Sauveur de Latran. Elle fut crée vers 1401 ou 1402, à Fregionaia près de la ville de Lucques et, dès 1421, elle comptait déjà six maisons. En 1445, elle prit le nom de congrégation des chanoines réguliers de Latran. Ils furent appelés à Rome pour relever le chapitre de la cathédrale, d’où ils furent chassés.Le pape leur confia alors les deux monastères de Saint-Pierre et de Sainte-Agnès. Ils réformèrent environ 70 maisons canoniales.
        Au Portugal une dizaine de maisons constituèrent la congrégation dela Sainte-Croix de Coïmbre.
       Mais ces quelques magnifiques sursauts n’empêchèrent pas le déclin progressif général des chanoines réguliers de Saint Augustin, déclin, il est vrai, favorisé par les troubles de la Réforme.
       Celle-ci entraîna, d’ailleurs, dans son sillage, la disparition de très nombreuses communautés canoniales ou le passage à la réforme de certaines d’entre elles.
       Au XVIIème siècle, va se développer un vaste mouvement de réformes. Ainsi, Charles Faure, chanoine de Saint-Vincent de Senlis, secondé par le Cardinal dela Rochefoucault, va réunir, en 1634, presque toutes les abbayes et prieurés français en une « congrégation de France » : dite congrégation de Sainte-Geneviève.
       Alain de Solminihac, évêque de Cahors, réforme Chancelade. Saint Pierre Fourier fonde la congrégation de Notre-Sauveur en Lorraine et Sevais de Laynet, chanoine de Saint-Paul de Verdun, fonde la communauté de «  l’Antique Rigueur » chez les prémontrés.
         Mais ce petit sursaut ne peut éradiquer les racines des difficultés qui surgissent au XVIIIème siècle, dans la période la plus dramatique dont aient eu à souffrir les chanoines réguliers de Saint Augustin dans la majorité des pays, sauf en Italie, en Suisse et en Autriche.
        Au XIXème siècle, la famille des chanoines réguliers de Saint Augustin va connaître un timide renouveau.
        En Autriche d’abord, les monastères de Saint-Florian, Herzogenburg, Klosterneuburg, Nuestiff (Tyrol du Sud), Reichersberg et Vorau subsistent, et malgré les épreuves deviennent de grands centres religieux et culturels. Mais il faudra attendre jusqu’au 25 juillet 1907 la reconnaissance pontificale de la « congrégation autrichienne ».
         En Italie seule la congrégation du Latran a surmonté les vicissitudes de son histoire.
         Il en est de même, en Suisse, pour la congrégation de Saint-Maurice et celle du Grand-Saint-Bernard.
          En France, Dom Gréa fonde, en 1866, la congrégation des chanoines de l’Immaculée-Conception à Saint Claude.

Le renouveau et la réalité d’aujourd’hui.

           Après la deuxième guerre mondiale, les chanoines réguliers se mirent à travailler et à prier pour l’unité de leur famille religieuse.
          En 1954, plusieurs familles canoniales se réunirent à cet effet à Verceil en Italie, berceau de la vie commune des clercs.
          Et enfin, le 4 mai 1959, le Bref apostolique «  Caritatis Unitas » consacra de manière solennelle la création dela Confédérationdes Chanoines Réguliers de Saint Augustin, présidée par un abbé-primat, élu pour six ans.
Cette Confédération regroupait quatre congrégations :
                 -la congrégation du Saint-Sauveur du Latran
                 -la congrégation d’Autriche
                 -la congrégation des Saints Nicolas et Bernard de Mont-Joux
                 -la congrégation de Saint-Maurice d’Agaune.
Puis s’ajoutèrent:
                 -la congrégation  de Windesheim (Paring)
                 -la congrégation de l’Immaculée Conception
                 -la congrégation de Marie, Mère du Rédempteur
                 -la congrégation  des Frères dela Vie commune
                 -la congrégation de Saint-Victor