Les chanoines réguliers de saint-Victor

La congrégation des Chanoines Réguliers de Saint-Victor, dont la maison mère est l’abbaye Saint Pierre de Champagne est une communauté récente assumant, dans la famille canoniale l’héritage de l’antique abbaye et congrégation de Saint Victor.

 L’abbaye Saint-Victor de Paris : un héritage lumineux :

         C’est en 1108 que Guillaume de Champeaux, archidiacre de Paris et écolâtre de Notre-Dame de Paris où il enseigne, fonde ce qui allait devenir l’un des monastères canoniaux les plus célèbres d’Occident. Réunis sous la règle de Saint Augustin, les victorins se donnent à Dieu dans la pauvreté et la vie commune fraternelle à l’instar de la primitive église, dans le désir de vivre et de manifester le mystère de l’Eglise au milieu du peuple chrétien. Ils s’attachent avec amour à la prière liturgique, spécialement au culte eucharistique, à la prière personnelle, à l’étude, à l’enseignement. Ils se consacrent au service des fidèles par la prédication, la célébration des sacrements- notamment celui de pénitence-, la direction spirituelle, une large hospitalité, le ministère sacerdotale dans les paroisses dépendant de l’abbaye. Ils aident à la réforme des diocèses et à la mission dans les terres lointaines de  l’Europe du Nord. Tout à la fois contemplative, par la célébration des divins mystères, et incarnée, dans la mission, la spiritualité des victorins est tournée vers le mystère qu’est l’Eglise du Christ. L’Ecole de St Victor bénéficia, aux XII et XIIIe siècles, de maîtres qui firent sa renommée historique :

– Hugues, « le second Augustin », théologien, rédige une des premières synthèses théologiques du    Moyen Age et propose une vision organique des savoirs.

– André, regardé comme le fondateur de l’exégèse scientifique.

– Adam, poète liturgique, dont les louanges mariales ont illustré à travers l’Europe la profonde vénération des victorins pour leur mère et patronne, Notre Dame dela Bonne Nouvelle.

Dès le XIIIe  siècle, l’ordre de St Victor compte une quarantaine de maisons (France, Angleterre, Italie, Danemark) se réunissant chaque année en chapitre général. L’abbaye parisienne restera au long des siècles un centre canonial vivant, regroupant autour de lui une congrégation propre. Au XVIIe et XVIIIe siècle on retient les noms du spirituel Simon Gourdan et de l’hymnographe Jean-Baptiste Santeuil.   La tourmente révolutionnaire dispersera ses derniers membres. Le charisme victorin devait demeurer vivant jusqu’à nous grâce aux chanoinesses régulières de Saint-Victor, qui le perpétuent depuis le XIIIe siècle

A travers ce passé prestigieux, les victorins nous lèguent, dans la lumière de saint Augustin, une soif de sagesse et du salut, un amour et un esprit de service désintéressé de l’Eglise : « Pour les victorins, il n’y a de vie spirituelle que dans l’Eglise et par l’Eglise » (Jean Châtillon).

L’Abbaye Saint Pierre de Champagne : fondation d’une abbaye victorine en Ardèche

            Conscients qu’il y avait chez les victorins une intuition fondamentale qui pouvait répondre aux besoins de l’Eglise de notre temps, trois chanoines de l’abbaye Saint-Maurice d’Agaune (Suisse) viennent en France en 1968 afin de redonner vie, au sein de la confédération canoniale, à l’héritage spirituel de Saint-Victor. Cela se fait d’abord dans une agrégation de la branche restituée des chanoines réguliers de Windesheim, puis, à partir de 1992, de façon autonome.

Accueillis par l’évêque de Viviers, les fondateurs s’installent auprès de l’église Saint-Pierre, à Champagne -sur –Rhône, au nord de l’Ardèche, dans ce couloir rhodanien, entre Vienne et Valence, qui a été lié au long des temps à l’histoire des chanoines réguliers. Les évêques des églises locales confient à la jeune communauté des ministères d’enseignement, de prédication et de prises en charge de paroisses autour du monastère. Il faut répondre aussi aux demandes de jeunes gens désireux de se joindre au premier groupe. Pour cela les chanoines se faisant bâtisseurs, la communauté assure, dans la pauvreté, en partie de ses mains, la construction des bâtiments nécessaires à l’accueil des nouveaux arrivants et des groupes cherchant son hospitalité spirituelle.

En 1976 le prieuré est élevé au rang d’abbaye et son premier prieur désigné en la personne du P. Maurice Bitz, qui devient aussi l’abbé général de la congrégation. Le nombre de confrères croissant (près de 70 en 1997) l’abbaye peut répondre aux appels d’évêques soucieux d’établir dans leurs diocèses des centres vivants de vie fraternelle proche des fidèles, rayonnants dans la liturgie, l’accueil, l’enseignement et le ministère sacerdotal. Tandis que la maison-mère de Champagne assure la formation des jeunes, plusieurs fondations émanent de l’abbaye. En 2006  les Chanoines sont présents au Prieuré Saint-Augustin à Bourg-lès-Valence, au Prieuré Saint-Astier Chancelade, au Prieuré Marie-Médiatrice à Montbron.

En 1988, la congrégation a la joie de voir l’un des siens, Mgr Henri Brincard, choisi pour la charge épiscopale.

Le 29 novembre 2009, Mgr Luc Ravel est consacré évêque.

Mais l’appel de la mission s’étend autour au-delà de nos frontières et bientôt prend forme le projet d’une fondation en Afrique : naissance du Prieuré Notre-Dame-de-Bethléem en Tanzanie en1991. Ala disposition de l’Eglise sans cesse envoyée aux nations par le Christ, les chanoines de Saint-Victor veulent répondre aux appels de la nouvelle évangélisation : vers quelles terres, demain, à la suite de leurs pères les enverra-t-elle annoncer l’Evangile du salut ?

Par-delà les siècles, un même esprit unit les victorins dans la fidélité au sillage tracé par Augustin : manifester par la charité fraternelle, l’amour surabondant de Dieu, s’enraciner personnellement et communautairement, pour y vivre d’une vie nouvelle, dans le mystère de l’Eglise du Christ. C’est elle que le chanoine veut aimer et servir. C’est vers elle que la communauté canoniale tourne son cœur : « La spécificité canoniale n’est pas de privilégier quelque chose de ou dans l’Eglise, mais de privilégier l’Eglise en ce qu’elle est et en ce qu’elle fait » (constitutions n. 6).

Le chanoine de Saint-Victor au quotidien :

             Au cœur de la vie canoniale, l’alliance avec le Christ-Prêtre.

Le charisme canonial, à la suite du monastère des clercs d’Augustin, évêque d’Hippone, est lié de manière essentielle au sacerdoce hiérarchique et ministériel. Les chanoines, rassemblés en  un  « collège de prêtres », sont destinés à assumer l’intercession sacerdotale de l’Eglise, à accomplir les missions d’enseignement, de sanctification et de conduite pastorale, au service du sacerdoce commun des baptisés.

            Etre homme de la prière de l’Eglise.

La tache première de la communauté canoniale est d’assurer au long des jours et au fil du temps l’hymne d’amour, d’action de grâces et de supplications de l’Eglise à son Epoux.

C’est ainsi que sont chantés les offices des laudes matinales, du milieu du jour, des vêpres le soir et des complies avant le repos de la nuit.

Cette prière ecclésiale s’accompagne de temps  réguliers d’oraison personnelle, source indispensable de progression et de fécondité spirituelles.

            Etre homme de la communion de l’Eglise.

Pas de plus grande joie pour les fils d’Augustin que de se laisser modeler par la vie commune et d’y recevoir la bénédiction divine, en se portant les uns les autres. Ce mystère fait vivre la communauté canoniale, elle veut le répandre auprès des fidèles : sa fervente charité fraternelle est son rayonnement premier.

La communion canoniale s’exprime dans la liturgie et les repas mais aussi dans les diverses taches menées ensemble au service de la communion ecclésiale.

De part le charisme sacerdotal de la vie canoniale, le monastère est surtout constitué de clercs, consacrés au service presbytéral des fidèles du Christ.

Chacun, après un temps de probation et de formation à la vie consacrée (postulat, noviciat, engagement temporaire, puis définitif) s’offre pleinement à Dieu par les vœux de religion et reçoit sa place propre dans la communauté.

Enfin la place primordiale réservée à l’étude de l’Ecriture et dela Traditionde l’Eglise, à la recherche d’une sagesse de vie, ne s’arrête pas avec les années de la première formation, mais se poursuit tout au long de la vie du confrère, à  l’écoute du Magistère, en vue de son propre ressourcement continuel et de la mission.

            Etre homme de la mission de l’Eglise.

Par leur tradition propre et pour répondre aux besoins actuels de l’Eglise et du monde, la mission s’enracine principalement, pour les chanoines, dans le service commun des Eglises locales.

La communauté de Champagne et de ses prieurés dessert de nombreuses paroisses en France. Mais elle est appelée à remplir son service ecclésial dans de multiples directions :

Pastorale sacramentelle et catéchèse.

Enseignement et prédication auprès des séminaires et  des monastères.

Accompagnement des mouvements chrétiens de laïcs, d’étudiants, de scouts, de familles.

Retraites, pèlerinages, aumôneries diverses, camps de vacances.

Hospitalité et accueil à l’abbaye et dans les prieurés des nombreux groupes et personnes qui y passent tout au long de l’année.

Etudes supérieures et recherches philosophiques et théologiques, auprès d’universités et d’organismes scientifiques.

Manifestations culturelles et artistiques.

C’est le même amour fraternel vécu ensemble qui pousse les chanoines vers les fidèles du Christ : « conduire le troupeau du Seigneur est un office d’amour » (Augustin sur l’évangile de Jean, 123).

l’élan missionnaire : l’Afrique :

Depuis des contacts  établis en 1979 avec des jeunes de Tanzanie, c’est dans ce pays que l’élan missionnaire canonial a pris forme concrète à la demande de l’Eglise locale. En 1997, plus d’une quinzaine de frères ont intégré la congrégation en venant se former à Champagne, et plusieurs chanoines prêtres sont à la tâche autour du prieuré Notre-Dame-de-Bethléem, à Basotu, rayonnant dans une large région et suscitant chez d’autres jeunes le désir de partager une vie fraternelle au service de l’évangélisation.